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Le Gabon
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La Guinée équatoriale et le Gabon sont, avec le Mozambique, les trois seuls pays dAfrique noire que je connaîtrai. Ces deux pays sont plantés en plein sur léquateur. Le soleil allié aux pluies quasi journalières font que la vie sy manifeste à profusion : forêts luxuriantes, animaux et insectes par milliers. Mais la mort est aussi là : arbres morts, animaux en décomposition. Tous les ingrédients pour une rapide décomposition de tous ces éléments fauchés par la mort sont aussi vivants : nombreuses variétés de champignons, de mouches et de vers qui sont directement pondus sur les corps à décomposer. La vie et la mort marchent côte à côte participant ainsi au renouvellement incessant de la création. La vie se renouvelle par la mort. Là où la vie se manifeste, la mort rôde, et les deux ensembles créent léternité. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Transformation incessante de matière vivante en matière inerte et énergie, et, de matière inerte et énergie en matière vivante, grâce à lalliance de leau, de lair, de la terre et le feu du soleil.
LA GUINÉE ÉQUATORIALE Mon séjour en Guinée équatoriale sera de courte durée. Il s'agit de vérifier, pour Elf, l'implantation d'un forage, à partir des balises positionnées par une mission sismique. Je parts le 10 juin 1985, via le Gabon et retour en France le 15 juin 1985, après trois jours d'attente à Libreville, et seulement une nuit passée au camp Elf, en Guinée équatoriale. Mais si ce séjour fut court, il eut des répercussions dans le temps bien au-delà. En effet, immédiatement après mon retour, je suis affecté sur une mission micro gravimétrique dans la région parisienne et je ne pourrai la terminer. Étant donné la proximité de la mission, tous les soirs je rentrais au bureau à Massy. Jy faisais les calculs du travail de la journée et ensuite je regagnais Paris où j'avais élu domicile pour le temps de la mission. Or un soir, alors que je faisais quelques courses aux supermarché et que je me plaçais dans la file d'attente pour passer à la caisse, je fus agressé verbalement par une femme qui prétendait que je lui étais passé devant. Elle était visiblement de mauvaise foi car je m'étais placé derrière la dernière personne de la file. Ou bien elle était restée dans la lune depuis un bon moment et avait manqué d'avancer avec la file. Mais là n'est pas l'important. L'important est que cette agressivité eut pour effet de me mettre en colère. Une colère que je réussis à contenir mais qui brisa en moi quelque chose que je ne pus identifier immédiatement, car je me sentis tout à coup las et fatigué. Je rentrais et je me couchais sans manger espérant que la nuit me remettrait en forme. Mais le lendemain, j'étais toujours aussi fatigué et en plus je me sentais fiévreux. Je regagnais néanmoins mon travail et fis ma journée de mission comme d'habitude. Le soir, dans ma chambre, rien n'allait plus. Le lendemain matin, je ne tenais plus debout, dès que je me levais, la tête me tournait, mon urine était rouge de sang. Je ne pus me rendre à la mission et je téléphonais à Massy pour obtenir un rendez-vous au centre médical des entreprises travaillant à l'extérieur. Rendez-vous que j'obtins pour le jour suivant. Je passais une très mauvaise journée, ne pouvant me lever sans être pris de vertige. Le lendemain, jallais mieux et je pus me rendre sans trop de difficulté au centre médical et retourner à ma chambre par les transports en commun. J'attends avec impatience les résultats des analyses de sang. Ma santé se dégrade de nouveau. Je ne tiens plus du tout debout. Le téléphone sonne enfin en milieu d'après-midi. C'est le paludisme me dit-on, de la plus mauvaise espèce, il me faut regagner d'urgence l'hôpital pasteur. Ne tenant plus debout, je demande qu'on vienne me chercher avec une ambulance. Ce qui sera fait. Je ne me rappelle plus exactement combien de temps je suis resté à Pasteur. Trop longtemps à mon goût. Car au bout de quelques jours de prise intensive de nivaquine la fièvre était tombée et je me sentais beaucoup mieux. On aurait bien voulu me laisser sortir, mais à chaque fois les analyses de sang montraient un taux de plaquette anormal et on refusait donc de me laisser sortir. Quant à moi, je sentais que je ne pourrai me remettre tout à fait si je restais dans l'ennui. J'étais loin de chez-moi, de ma famille, ma femme et mes enfants et n'aspirais qu'à une chose, retourner chez-moi. Là-Bas, tout rentrerait dans l'ordre. A force d'insister pour sortir on finit enfin par accepter, mais à la condition que je signe une décharge. Ce que je fis. Une fois dehors, je me sentis encore bien faible. J'avais beaucoup maigris. Mes jambes me supportaient à peine. Je réussis néanmoins à regagner CGG à Massy, à prendre mon billet à destination de Saint-Gaudens et à arriver chez moi, à Soueich sans encombre. La, il ne me faudra que quelques jours pour me rétablir complètement. Si je raconte tout cela, ce n'est pas pour me faire plaindre mais parce que je fais deux constatations. Une première constatation sur le déclenchement de la maladie : il y avait quinze jours que j'étais rentré de Guinée-équatoriale lorsque celle-ci s'est déclarée Et je pense qu'elle ne se serait jamais manifestée si je n'avais été contrarié par cette femme du supermarché. La manière subite et concomitante de la maladie avec l'agression verbale me laisse supposer que le germe du paludisme qui était déjà en moi ne pouvait se développer, car tous les éléments de mon organisme faisaient bien leur travail et empêchaient la maladie d'envahir mon corps. L'agression provoquant en moi une émotion forte de colère, a modifié mes humeurs, rompu l'harmonie de ce travail et ouvert une brèche par où la maladie a pu envahir mon corps. La deuxième constatation à trait à la guérison. Je n'ai pu me rétablir complètement tant qu'il existait en moi une insatisfaction et un ennui. Alors, qu'entouré de la chaleur des miens, la totale guérison a été presque immédiate. Notre médecine se contente, pour prévenir la maladie ou soigner le corps, dinjection de vaccins, de produits chimiques, dantibiotiques, ou des interventions chirurgicales, et elle oublie quil y a bien dautres facteurs qui interviennent dans le déclenchement dune maladie et dans sa guérison. En particulier, je pense, que si létat de nos relations sociales était meilleur, le nombre de malades serait moins élevé, et les morts subites moins nombreuses.
LE GABON Je ferais plusieurs séjours au Gabon. Le pays est aussi malsain que la Guinée équatoriale. Ce fut dans chaque cas pour un échelon gravimétrique sur une mission sismique héliportée. Il était rare que nous nous levions de bon matin avec le beau temps et les hélicoptères restaient cloués au sol pendant un bon moment. L'occasion pour moi de voir à l'uvre toute la bêtise humaine. La mission était vendue au kilomètre produit, et bien sûr le mauvais temps de chaque matin faisait perdre de l'argent à la mission et l'on voyait le chef de mission tourner en rond comme un lion en cage, crachant sa mauvaise humeur contre les prospecteurs et les ouvriers qu'il croisait sur son passage alors que le bon sens aurait voulu qu'il attende sagement que la brume se lève. Mais aux yeux de ses supérieurs qui lobservaient, il manifestait, il manifestait ainsi l'intérêt qu'il portait à la bonne marche de la mission et par contre coup, à la santé de la CGG. Pour moi, il était l'illustration vivante de cette phrase, qu'un chef de mission Air-mag qui disparut tragiquement au cours d'une mission au Mozambique, avait prononcée devant moi lors d'une rencontre en Iran : « pour réussir à la CGG, il faut faire beaucoup de vent sans faire de vague. » Au cours de ces séjours gabonais, j'aurai l'occasion de former l'ouvrier qui nous servait de porteur à faire des mesures gravimétriques. Il en était parfaitement capable car il avait une bonne formation intellectuelle et humaine. Mais je me le suis fait reprocher par mes supérieurs qui ont estimé que je faisais faire mon travail par d'autres pour prendre du bon temps, alors que s'ils avaient un peu réfléchi, ils se seraient rendus compte que pour former quelqu'un sans que le rendement de la mission fléchisse, il fallait que je me déplace moi-même sur le terrain. Je me le suis fait aussi reprocher par certains de mes collègues qui estimaient, à juste titre d'ailleurs, que former une personne, c'était supprimer un poste de prospecteur français. Mais notre peur du chômage et de l'avenir doivent-ils nous rendre égoïstes et fermer aux autres leur opportunité d'ascension sociale? Aider les autres à « devenir » dans la mesure de mes moyens, c'est pour moi un principe que j'ai toujours mis en application quand la circonstance se présentait. |